Un journaliste de 404 Media est parvenu à faire publier une chanson générée par intelligence artificielle sur les véritables profils de Lathe of Heaven sur Spotify, Apple Music, Tidal et plusieurs autres plateformes. L’expérience révèle surtout une faille dans la distribution numérique : quelques minutes ont suffi pour soumettre le faux titre, qui est apparu en ligne le lendemain.
Une fausse chanson attribuée à Lathe of Heaven
Le 10 septembre 2026, les auditeurs de Lathe of Heaven ont vu apparaître un nouveau morceau, Riding High, sur le profil Spotify du groupe punk de Brooklyn. Pourtant, le groupe n’avait ni composé ni enregistré ce titre.
Emanuel Maiberg, journaliste chez 404 Media, l’avait créé avec Udio, à partir d’une consigne demandant simplement une chanson punk avec une voix masculine. La pochette avait, elle, été produite avec ChatGPT. Le journaliste voulait tester une méthode utilisée pour attribuer frauduleusement des morceaux, notamment générés par IA, à des artistes existants.
Le titre ne s’est pas retrouvé uniquement sur Spotify. Il est également apparu sur les véritables pages de Lathe of Heaven sur Apple Music, Tidal, Amazon Music et Deezer, selon l’enquête. Aucun accès au compte personnel du groupe ni vol de mot de passe n’a été nécessaire.
La faille se situe dans la distribution musicale
Pour publier son morceau, Emanuel Maiberg a ouvert un abonnement DistroKid à 3,75 dollars par mois. Les distributeurs comme DistroKid servent d’intermédiaires : un artiste leur transmet sa musique, puis ils l’envoient simultanément vers Spotify, Apple Music et d’autres services.
Lorsque Maiberg a indiqué « Lathe of Heaven » comme nom d’artiste, DistroKid lui a proposé les profils déjà existants du véritable groupe. Le journaliste les a sélectionnés, puis renseigné les informations demandées sur le compositeur, le producteur et le label. Il a également certifié être autorisé à distribuer le morceau et à percevoir ses revenus.
Selon 404 Media, aucune vérification supplémentaire de ces déclarations n’a bloqué la publication. L’opération de soumission a pris environ cinq minutes. En revanche, contrairement à ce que pourrait laisser croire cette formule, le morceau n’est pas apparu instantanément : il a été mis en ligne environ un jour plus tard.
L’IA aggrave un problème plus ancien
La faille n’a pas été créée par l’intelligence artificielle. Les erreurs d’attribution et les morceaux rattachés au mauvais artiste existent depuis plusieurs années dans les services de streaming. Spotify dispose d’ailleurs d’une procédure permettant aux musiciens de signaler les titres qui apparaissent abusivement sur leur profil.
L’IA change toutefois l’échelle du problème. Produire une chanson, une pochette et des métadonnées crédibles peut désormais prendre quelques minutes. Un fraudeur peut ensuite profiter de la visibilité d’un artiste existant et, potentiellement, détourner les revenus générés par les écoutes.
Pour Gage Allison, chanteur de Lathe of Heaven, l’expérience touche directement à l’identité du groupe. « Le fait que vous ayez pu faire ça est insensé », a-t-il déclaré à 404 Media après avoir découvert le morceau. Il redoute notamment que des contenus médiocres publiés sous le nom d’un petit groupe nuisent à sa réputation.
Spotify tente encore de verrouiller les profils
Spotify connaît le problème. En mars 2026, la plateforme a lancé en bêta Artist Profile Protection, une fonction qui avertit certains artistes lorsqu’un nouveau contenu est envoyé vers leur profil et leur permet de refuser une publication incorrectement attribuée. Son accès reste toutefois limité.
La plateforme avait déjà annoncé en 2025 renforcer ses règles contre l’usurpation d’identité et investir dans la détection des contenus frauduleusement rattachés aux pages d’autres artistes. Elle indiquait alors avoir supprimé plus de 75 millions de titres considérés comme du spam au cours des douze mois précédents.
L’affaire intervient aussi deux jours après le dépôt d’une plainte d’Universal Music Group contre DistroKid aux États-Unis. UMG accuse le distributeur d’avoir diffusé des milliers de contenus non autorisés, dont certains générés par IA. DistroKid conteste ces accusations.
L’expérience de 404 Media montre ainsi que la bataille autour de la musique générée par IA ne concerne plus seulement le droit d’auteur. Elle touche désormais un autre maillon essentiel : la vérification de l’identité de celui qui publie réellement la musique.



