À Marseille, avocats et juristes s’adaptent à la révolution de l’intelligence artificielle

À Marseille, l’intelligence artificielle s’installe progressivement dans le quotidien des avocats et des professionnels du droit. Recherche juridique, analyse de documents ou préparation d’actes : les usages progressent, mais obligent la profession à renforcer ses règles en matière de confidentialité, de vérification et de responsabilité.

À Marseille, l’IA entre dans la formation des avocats

Le phénomène n’est plus théorique. Le 27 août 2026, les Estivales de la formation organisées par l’École des avocats du Sud-Est et les barreaux de Marseille et d’Aix-en-Provence proposaient un atelier intitulé « Quelle intelligence artificielle pour quel avocat ? ». Une question révélatrice du changement en cours : il ne s’agit plus seulement de savoir s’il faut utiliser l’IA, mais comment choisir les bons outils.

D’autres rendez-vous suivent. Le barreau de Marseille prévoit notamment en octobre une formation consacrée aux solutions Lexbase. Parmi les outils présentés figurent une IA conversationnelle pour la recherche juridique et un système permettant d’interroger plus de six millions de décisions de justice.

La réflexion touche également les magistrats. Dès le 23 mars, la Maison de l’Avocat avait accueilli une journée consacrée au thème « Magistrats et avocats à l’ère de l’IA : faire vivre une déontologie partagée ». Les échanges ont notamment porté sur la loyauté, la preuve et l’évolution de la relation entre l’avocat et son client.

Une technologie déjà utilisée par une majorité d’avocats

Cette accélération marseillaise s’inscrit dans une transformation nationale. Une enquête menée en 2025 par Viavoice pour le Conseil national des barreaux auprès de 4 457 avocats indiquait que 62 % utilisaient déjà l’intelligence artificielle générative. L’adoption restait toutefois inégale selon la taille du cabinet, l’ancienneté et le type de clientèle.

Les usages sont très concrets. L’IA peut aider à résumer un dossier volumineux, identifier des décisions pertinentes, comparer des contrats, structurer un argumentaire ou préparer une première version d’un acte juridique.

Elle ne remplace cependant pas l’analyse professionnelle. Le CNB insiste sur ce point dans ses modèles de conventions d’honoraires actualisés en 2026. La clause consacrée à l’intelligence artificielle précise que ces outils restent une « assistance technique » et que le raisonnement ainsi que le jugement professionnels demeurent humains.

Secret professionnel et hallucinations imposent des garde-fous

Le gain de temps ne dispense pas de prudence. Une IA générative peut produire une information fausse avec une formulation parfaitement crédible, inventer une jurisprudence ou interpréter incorrectement un texte. Pour un avocat, une telle erreur peut avoir des conséquences importantes.

Le secret professionnel constitue un autre enjeu majeur. Copier des informations confidentielles concernant un client dans un outil grand public peut poser des problèmes de sécurité, de traitement des données et de réutilisation des informations.

En mars 2026, le Conseil national des barreaux a donc adopté un guide spécifiquement consacré à l’IA et à la déontologie. Il rappelle notamment les obligations relatives au secret professionnel, au RGPD, à la compétence, à l’indépendance et à l’information du client.

Le CNB recommande également d’évaluer les solutions juridiques selon plusieurs critères : localisation et sécurité des données, confidentialité, souveraineté technologique et éventuelle réutilisation des informations transmises aux modèles.

L’enjeu devient aussi économique pour les cabinets

La transformation dépasse la technique. L’IA modifie progressivement la manière dont les clients abordent leur avocat. Ils arrivent parfois au cabinet avec leurs propres recherches, des documents résumés automatiquement ou des réponses obtenues auprès d’un chatbot.

Une étude du CNB montrait déjà en 2025 que 48 % des clients particuliers interrogés utilisant l’IA y avaient recours dans un contexte juridique. Certains cherchent à comprendre leur dossier, vérifier un conseil ou préparer des documents.

Les cabinets doivent donc démontrer plus clairement ce que l’expertise humaine apporte au-delà de l’information brute : stratégie, appréciation du risque, connaissance de la procédure, négociation et responsabilité professionnelle.

La transformation devrait encore s’accélérer. Le 15 septembre 2026, le CNB a annoncé un partenariat avec la legaltech française Jimini AI afin de mettre une solution d’intelligence artificielle juridique à disposition de tous les élèves-avocats de France. L’objectif affiché est autant de former les futurs professionnels que de les équiper.

À Marseille comme ailleurs, la révolution de l’IA juridique paraît donc engagée. Le véritable défi n’est plus d’empêcher son arrivée, mais de l’intégrer sans sacrifier la confidentialité, la fiabilité du droit et la responsabilité de l’avocat.

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