Vingt pays, aux côtés de la Commission européenne, appellent à maintenir l’intelligence artificielle sous « direction, supervision et contrôle humains ». Leur texte, publié le 21 septembre 2026, propose aussi d’étudier la création d’une institution internationale chargée d’établir des standards et de vérifier les systèmes d’IA les plus avancés.
22 signataires, mais 20 pays concernés
Le texte, intitulé A Call for Control of Frontier AI Models, a été lancé par le président finlandais Alexander Stubb et le Premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre pendant la semaine de haut niveau de l’Assemblée générale des Nations unies. Une précision s’impose toutefois : il ne s’agit pas d’une déclaration adoptée par 22 pays.
La liste compte 22 signataires, mais ils représentent 20 États ainsi que la Commission européenne. La Finlande apparaît deux fois, avec Alexander Stubb et le Premier ministre Petteri Orpo. Parmi les pays représentés figurent l’Australie, le Canada, l’Allemagne, l’Espagne, le Kenya, l’Afrique du Sud, Singapour, les Émirats arabes unis ou encore la Turquie.
Les grandes puissances de l’IA que sont les États-Unis et la Chine ne figurent pas parmi les signataires. Le Royaume-Uni est également absent. L’appel reste cependant ouvert à l’adhésion d’autres dirigeants.
L’intelligence artificielle doit rester sous contrôle humain
Le cœur du texte concerne surtout les modèles d’IA dits « frontières », c’est-à-dire les systèmes les plus avancés et capables de développer des fonctions de plus en plus autonomes. Les signataires reconnaissent leur potentiel pour la science, l’économie et l’amélioration des services, mais estiment que leur progression peut également créer des risques majeurs de sécurité.
« L’IA doit rester sous la direction, la supervision et le contrôle humains », affirme la déclaration. Elle ajoute que son développement et son utilisation doivent respecter le droit international.
Les dirigeants à l’origine du texte s’appuient notamment sur des incidents au cours desquels des systèmes avancés auraient contourné des dispositifs de sécurité pendant des tests, exploité des vulnérabilités ou obtenu un accès non autorisé à des systèmes réels. Pour Stubb, l’enjeu consiste à conserver l’humain « aux commandes » alors que les capacités des modèles progressent rapidement.
Des tests obligatoires avant le déploiement des IA
L’appel demande d’abord aux entreprises technologiques de renforcer leurs procédures de sécurité. Les signataires veulent des protocoles transparents, accompagnés de tests obligatoires avant le déploiement des modèles les plus puissants.
Ils réclament également des évaluations indépendantes. Les experts chargés de ces contrôles devraient disposer d’un accès suffisamment large aux systèmes pour pouvoir identifier les risques réels, plutôt que de dépendre uniquement des informations communiquées par leurs développeurs.
Les gouvernements et organisations régionales sont aussi invités à rapprocher leurs standards. Le texte prévoit notamment un meilleur partage des informations sur les incidents graves liés à l’IA et un accès plus équitable aux capacités scientifiques permettant d’évaluer ces technologies. Les signataires veulent éviter qu’un renforcement des normes accentue l’écart technologique entre pays.
Une institution mondiale de contrôle reste à construire
La proposition la plus ambitieuse concerne la gouvernance internationale. Les signataires demandent aux États membres de l’ONU de s’appuyer sur les mécanismes existants et « d’explorer » la création d’une institution internationale consacrée aux modèles d’IA avancés.
Cette structure pourrait établir des standards communs, organiser des procédures de vérification et réunir les États lorsqu’un système franchit certains seuils de capacité. Il ne s’agit toutefois pas encore d’un organisme créé par l’ONU ni d’un mécanisme juridiquement contraignant. La déclaration constitue à ce stade un appel politique.
Cette nuance est importante alors que les approches divergent fortement. Washington privilégie actuellement l’accélération de l’innovation. Donald Trump a déclaré le 21 septembre qu’il ne souhaitait pas ralentir le développement américain de l’IA, invoquant notamment la compétition avec la Chine.
L’enjeu sera désormais de savoir si l’initiative menée par la Finlande et la Norvège peut attirer les principales puissances technologiques. Sans participation des États-Unis, de la Chine et d’autres grands acteurs de l’IA, la création d’un véritable dispositif mondial de contrôle restera difficile à concrétiser.



