Intelligence artificielle : Washington rejette un contrôle mondial

Les États-Unis ont réaffirmé leur opposition à toute gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle, au moment où l’ONU et plusieurs dirigeants du secteur réclament davantage de garde-fous internationaux. Washington défend au contraire des règles nationales et refuse qu’une institution multilatérale puisse freiner le développement des modèles les plus avancés.

Washington refuse une gouvernance mondiale de l’IA

Michael Kratsios, directeur du Bureau de la politique scientifique et technologique de la Maison-Blanche, a exposé cette position mercredi 23 septembre devant le Conseil de sécurité de l’ONU. La réunion, organisée par la France, était consacrée à l’intelligence artificielle et à ses conséquences sur la sécurité internationale.

« Le dialogue international […] ne doit pas dériver vers une gouvernance mondiale », a déclaré le responsable américain. Selon lui, les progrès rapides des systèmes d’IA ne justifient ni une pause dans leur développement ni la création de nouvelles structures internationales chargées de les contrôler.

Washington préfère que chaque État établisse ses propres règles. Kratsios a ainsi invité les autres pays à réglementer l’IA au nom de leurs citoyens, tout comme les institutions américaines entendent le faire pour les États-Unis.

Trump transforme l’IA en « superintelligence »

Cette intervention prolonge directement le discours prononcé la veille par Donald Trump devant l’Assemblée générale des Nations unies. Le président américain avait déclaré que les États-Unis « rejettent totalement » toute tentative d’instaurer un dispositif mondial de contrôle de l’intelligence artificielle.

Trump a également annoncé vouloir employer l’expression « super intelligence » pour parler de l’IA. Cette formulation mérite toutefois une nuance. Dans le vocabulaire scientifique, la superintelligence désigne généralement un niveau d’intelligence dépassant très largement les capacités humaines. Le président américain l’a utilisée beaucoup plus largement pour désigner l’intelligence artificielle elle-même.

Pour l’administration américaine, l’enjeu est aussi économique et géopolitique. Washington veut conserver son avance dans les modèles de pointe et considère qu’une réglementation internationale trop contraignante pourrait ralentir l’innovation américaine, notamment face à la Chine.

OpenAI et Anthropic réclament pourtant des garde-fous

Le contraste est particulièrement marqué avec les déclarations des dirigeants des principales entreprises américaines d’IA. Sam Altman, patron d’OpenAI, et Dario Amodei, dirigeant d’Anthropic, ont participé à la même réunion du Conseil de sécurité.

Altman a estimé que le moment exigeait une « extrême prudence ». Il a notamment plaidé pour des standards internationaux permettant de mesurer les capacités des modèles, d’évaluer leurs protections et de partager rapidement les incidents de sécurité.

Dario Amodei est allé plus loin. Il a averti qu’une intelligence artificielle mal maîtrisée pourrait représenter « un risque pour l’humanité dans son ensemble ». Anthropic soutient notamment des accords internationaux sur l’évaluation des modèles les plus puissants et sur certains usages dangereux, comme le développement d’armes biologiques.

Ces prises de position ne signifient pas que les entreprises réclament un régulateur mondial unique. Elles montrent néanmoins qu’une partie de l’industrie américaine juge nécessaire une coordination internationale sur certains risques.

La régulation de l’IA divise les grandes puissances

Le débat dépasse désormais l’opposition entre entreprises et gouvernement américain. António Guterres a appelé cette semaine à renforcer la gouvernance internationale de l’IA et à créer des mécanismes capables de gérer les risques transfrontaliers.

La Chine défend également un rôle important des Nations unies dans l’élaboration de normes communes, même si Pékin rejette parallèlement les règles qui pourraient limiter son accès aux technologies avancées. Cette position contraste avec celle de Washington, qui privilégie la souveraineté nationale en matière de réglementation.

Le Conseil de sécurité ne dispose pour l’instant d’aucun cadre contraignant sur l’intelligence artificielle. Mais la réunion du 23 septembre illustre une fracture appelée à peser sur les prochaines négociations : alors que les capacités des modèles progressent rapidement, les principales puissances ne s’accordent toujours pas sur la question fondamentale de savoir qui doit fixer les règles.

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Luc GNANHOUI
Luc GNANHOUI
Spécialiste de l’actualité africaine, je produis des analyses stratégiques et des décryptages approfondis sur les transformations politiques, économiques et technologiques qui redéfinissent les équilibres du continent.

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