Voitures autonomes Tesla : l’offensive se heurte aux régulateurs

Tesla accélère simultanément sur ses Cybercabs américains et son logiciel FSD en Europe. Mais l’offensive des voitures autonomes Tesla avance désormais au rythme imposé par les régulateurs.

Voitures autonomes Tesla : le Cybercab teste les limites américaines

Les voitures autonomes Tesla viennent de franchir une étape importante aux États-Unis. Début septembre, le constructeur a commencé à transporter des passagers à Austin avec son Cybercab, un véhicule spécialement conçu pour fonctionner sans conducteur.

Le modèle tranche radicalement avec une voiture traditionnelle.

Il ne possède ni volant ni pédales. Tesla veut ainsi supprimer des équipements devenus inutiles dans sa vision d’un véhicule entièrement piloté par l’intelligence artificielle.

Cette conception pose cependant un problème juridique.

Les normes fédérales américaines de sécurité automobile ont largement été écrites pour des véhicules conduits par des humains. Certaines règles supposent donc l’existence d’un volant, de pédales ou encore de rétroviseurs.

D’autres constructeurs de véhicules autonomes ont demandé des exemptions pour contourner temporairement ces contraintes.

Tesla a choisi une autre stratégie. Le constructeur a lui-même certifié que le Cybercab respecte les normes qui lui sont applicables. Cette procédure d’autocertification est courante aux États-Unis, mais son utilisation pour un véhicule aussi différent attire désormais l’attention des autorités.

La National Highway Traffic Safety Administration (NHTSA) a ouvert une enquête sur près de 1 000 Cybercabs. Elle veut déterminer si Tesla pouvait effectivement considérer certaines normes comme inapplicables à son véhicule.

La bataille autour de la voiture autonome devient donc aussi une bataille d’interprétation réglementaire.

Tesla veut aller beaucoup plus vite que le droit

L’enjeu dépasse les quelques dizaines de Cybercabs actuellement en circulation.

Elon Musk voit dans le robotaxi l’un des principaux moteurs de croissance future de Tesla. Le Cybercab doit devenir un véhicule produit à très grande échelle et alimenter un réseau de transport autonome susceptible de concurrencer Uber, Waymo ou Zoox.

Tesla dispose déjà de robotaxis utilisant des Model Y dans plusieurs villes américaines. Le Cybercab doit permettre de passer à l’étape suivante avec un véhicule conçu dès l’origine pour ne plus dépendre d’un conducteur.

Mais la réglementation varie fortement d’un État à l’autre.

Le Texas offre un environnement particulièrement favorable. Les entreprises peuvent y exploiter des véhicules autonomes sans devoir obtenir une autorisation pour chaque modèle. Tesla Robotaxi possède ainsi une autorisation au niveau de l’État depuis mai 2025.

La situation est différente en Californie.

Tesla ne possède toujours pas l’ensemble des permis nécessaires pour y proposer un service commercial totalement autonome comparable à celui de Waymo.

Cette fragmentation ralentit mécaniquement un modèle économique pensé pour être déployé à grande échelle.

Tesla peut produire le logiciel et les véhicules. Il ne peut cependant pas décider seul des endroits où ceux-ci auront le droit de transporter des passagers sans conducteur.

En Europe, le FSD n’est toujours pas une conduite autonome

L’obstacle réglementaire prend une autre forme de l’autre côté de l’Atlantique.

Tesla cherche à déployer son Full Self-Driving Supervised dans l’Union européenne. Malgré son nom, le système ne transforme pas une Tesla en voiture autonome.

Le conducteur reste responsable du véhicule. Il doit surveiller constamment la circulation et pouvoir reprendre le contrôle. Le régulateur néerlandais RDW classe donc le FSD Supervised parmi les systèmes avancés d’aide à la conduite.

Les Pays-Bas ont ouvert la voie en avril 2026.

Après plus de dix-huit mois d’essais sur piste et sur route, le RDW a accordé une homologation provisoire permettant l’utilisation du système sur le territoire néerlandais.

D’autres pays ont progressivement suivi.

La Belgique, le Danemark, l’Estonie et la Lituanie ont soutenu son adoption. La Slovénie est devenue le 8 septembre le sixième pays européen à donner son feu vert.

Tesla cherche désormais à transformer ces autorisations nationales en accès à l’ensemble du marché européen.

La France peut peser sur le feu vert européen

La France occupe une place importante dans cette bataille.

Des essais du FSD ont commencé début septembre sur les routes françaises. Paris souhaite notamment vérifier les résultats déjà obtenus aux Pays-Bas et examiner les dernières réponses apportées par Tesla aux préoccupations des autorités.

Plusieurs points ont suscité des interrogations.

Le ministre français des Transports Philippe Tabarot avait notamment évoqué la limitation de vitesse et la surveillance de l’attention du conducteur. Les autorités veulent s’assurer que le système reste compatible avec les exigences européennes de sécurité.

Les tests français devraient être achevés entre la mi-septembre et la fin du mois.

Une décision plus large pourrait ensuite intervenir au niveau européen. Un vote est envisagé dès octobre ou, éventuellement, en décembre.

L’enjeu commercial est considérable.

Une approbation européenne éviterait à Tesla de devoir convaincre successivement chaque autorité nationale. Elle ouvrirait en une seule étape un marché de plusieurs centaines de millions de consommateurs.

Mais même un feu vert au FSD Supervised ne signifierait pas que les Cybercabs pourraient immédiatement circuler sans conducteur en Europe.

Les deux technologies se trouvent à des niveaux d’automatisation très différents.

Le nom « Full Self-Driving » entretient une ambiguïté

Cette distinction constitue l’un des problèmes récurrents de Tesla.

L’appellation « Full Self-Driving » suggère une conduite entièrement autonome. Pourtant, le FSD Supervised européen reste un système dans lequel l’humain demeure juridiquement responsable.

Le RDW insiste explicitement sur ce point.

« Une voiture équipée du FSD Supervised n’est pas autonome », explique l’autorité néerlandaise. Le conducteur doit rester maître du véhicule en permanence.

Le Cybercab poursuit une ambition beaucoup plus avancée.

Tesla veut supprimer totalement le conducteur et même les commandes permettant à un humain de reprendre directement la conduite. C’est précisément cette différence qui explique pourquoi son déploiement soulève des difficultés réglementaires supplémentaires aux États-Unis.

La stratégie du constructeur repose donc sur deux fronts.

À court terme, Tesla veut généraliser un système avancé d’assistance dans ses voitures existantes. À plus long terme, il cherche à transformer cette technologie en véritable service de transport sans conducteur.

Le passage de l’un à l’autre ne dépendra pas uniquement des performances techniques.

La réglementation devient une partie de la course technologique

Tesla n’est pas seul à rencontrer cet obstacle.

Waymo exploite déjà plusieurs milliers de véhicules sans conducteur aux États-Unis. Zoox développe également des robotaxis sans commandes traditionnelles. En Europe, Uber et Wayve viennent de lancer des taxis autonomes à Londres, mais avec un conducteur de sécurité encore présent.

La compétition ne porte donc plus seulement sur la meilleure intelligence artificielle.

Les constructeurs doivent également démontrer aux autorités que leurs systèmes fonctionnent dans suffisamment de situations, prévoir la gestion des incidents et déterminer précisément qui porte la responsabilité lorsqu’aucun humain ne conduit.

Tesla tente traditionnellement d’avancer rapidement et de pousser les règles existantes jusqu’à leurs limites. Le Cybercab constitue probablement son test réglementaire le plus important.

Aux États-Unis, la NHTSA doit déterminer si un véhicule dépourvu de commandes humaines peut entrer dans un cadre pensé pour des automobiles classiques. En Europe, les États doivent décider jusqu’où ils acceptent de laisser un logiciel contrôler la conduite tout en maintenant la responsabilité sur l’humain.

Le succès des voitures autonomes Tesla ne dépend donc plus seulement de la capacité de l’intelligence artificielle à conduire. Il dépend désormais de la capacité de Tesla à convaincre les autorités qu’elle peut le faire assez sûrement pour que le droit accepte de la laisser prendre le volant.

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