Face à l’accélération de l’intelligence artificielle, le mouvement Stop IA tente de faire émerger une opposition plus radicale à son développement. À Marseille, ses militants ont profité de l’AIM 2026 pour défendre un ralentissement des infrastructures, dénoncer leurs impacts et convaincre qu’« aucun combat n’est perdu d’avance ».
Stop IA manifeste en marge de l’AIM Marseille
Les 24 et 25 septembre, l’Artificial Intelligence Marseille a réuni au stade Vélodrome entreprises, chercheurs, responsables politiques et spécialistes du numérique. Pour sa quatrième édition, le sommet avait choisi comme thème « The Great Acceleration », avec des débats consacrés notamment au travail, à la souveraineté numérique, aux données et aux infrastructures.
Devant le stade, le discours était bien différent. Des militants de Stop IA distribuaient des tracts pour alerter les participants et les passants sur ce qu’ils considèrent comme les conséquences sous-estimées du développement de l’intelligence artificielle.
Interrogé par France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur, l’un d’eux a expliqué vouloir attirer l’attention sur trois sujets principaux : les ressources nécessaires aux infrastructures numériques, les risques liés à la surveillance et à la militarisation, ainsi que les chaînes d’approvisionnement en minerais indispensables aux puces, serveurs et câbles sous-marins.
Les data centers au cœur des critiques
Pour Stop IA, la question ne se limite donc pas à ChatGPT ou aux logiciels génératifs. Le mouvement s’intéresse également aux infrastructures physiques qui permettent aux modèles de fonctionner.
Le militant présent à Marseille cite notamment la consommation d’eau et d’électricité, l’utilisation du foncier et l’extraction de matières premières. Il évoque aussi l’idée d’un moratoire sur la construction de nouveaux centres de données. Cette proposition relève toutefois d’une revendication militante et non d’une mesure actuellement décidée par les pouvoirs publics français.
Cette opposition aux infrastructures numériques s’inscrit dans un mouvement plus large. D’autres organisations françaises adoptent désormais des positions critiques face au développement de l’IA. L’Association française contre l’intelligence artificielle, par exemple, a organisé le 24 septembre à Paris un atelier consacré au boycott de ces technologies.
Pause IA défend de son côté une position différente. L’association ne réclame pas l’interdiction des outils existants, mais une suspension coordonnée de l’entraînement des modèles d’IA les plus puissants jusqu’à la mise en place de garanties de sécurité et de contrôle démocratique.
Une contestation face à une industrie en pleine accélération
Le choix de manifester autour de l’AIM n’est pas anodin. Le sommet marseillais présente lui-même l’intelligence artificielle comme un moteur croissant de transformation économique et insiste sur la compétition internationale autour des données, des puces et des capacités de calcul.
Parmi les partenaires et participants de l’édition 2026 figurent plusieurs grands groupes technologiques et industriels, dont Nvidia, Dell, Salesforce, BNP Paribas, Capgemini ou encore CMA CGM. Ce dernier cherche par ailleurs à renforcer la place de Marseille dans l’écosystème numérique et technologique.
Pour les militants, cette accélération renforce précisément la nécessité d’une opposition politique et citoyenne. « On a des manifestations massives, des envahissements de bureaux de Microsoft […] Il y a une vraie mobilisation très forte. En fait, aucun combat n’est perdu d’avance », affirme le militant interrogé devant le Vélodrome.
La polémique Thélyson Orélien ravive le débat sur l’IA
Cette mobilisation intervient aussi au moment où l’utilisation de l’intelligence artificielle provoque une vive controverse dans le monde culturel. Le 25 septembre, l’Académie Goncourt a retiré de sa première sélection C’était ça ou mourir, le roman de Thélyson Orélien.
L’institution n’a toutefois pas simplement exclu l’écrivain parce qu’une IA aurait été utilisée. Elle a invoqué à la fois des accusations de plagiat et les conclusions convergentes de plusieurs analyses estimant que le roman aurait été, « selon toute vraisemblance », largement produit avec une intelligence artificielle. L’auteur avait auparavant contesté les accusations portées contre lui.
Cette affaire illustre un débat beaucoup plus large que celui des seuls outils technologiques. Création, emploi, environnement, données personnelles et infrastructures deviennent progressivement des terrains de confrontation autour de l’IA.
À Marseille, Stop IA cherche justement à déplacer la discussion du seul potentiel économique vers les conséquences sociales et matérielles de cette accélération. Reste à savoir si cette contestation encore minoritaire parviendra à peser sur les politiques publiques au moment où les investissements dans l’intelligence artificielle continuent de progresser.




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