Longtemps présentée comme une menace directe pour Google Search, l’intelligence artificielle chez Alphabet soutient désormais plusieurs moteurs de croissance du groupe. Recherche, Gemini et surtout Google Cloud progressent rapidement, même si cette conversion du risque en opportunité exige des investissements considérables.
Google Search résiste mieux que prévu à l’offensive des chatbots
L’arrivée de ChatGPT fin 2022 avait fait naître une inquiétude majeure pour Alphabet. Si les internautes pouvaient obtenir directement une réponse d’un chatbot, pourquoi continueraient-ils à effectuer leurs recherches sur Google et à cliquer sur des annonces ?
Quatre ans plus tard, ce scénario ne s’est pas matérialisé. Au deuxième trimestre 2026, les revenus de Google Search et des activités associées ont encore progressé de 17 % sur un an. Alphabet affirme parallèlement que le nombre de requêtes a atteint un record grâce à l’intégration de fonctionnalités génératives dans son moteur.
Une enquête d’Evercore ISI publiée en septembre va dans le même sens. Selon l’analyste Mark Mahaney, 78 % des personnes interrogées citaient Google comme leur principal outil de recherche en août, tandis que 60 % estimaient que l’IA les amenait à effectuer davantage de recherches. Ces données proviennent toutefois d’une enquête privée et ne mesurent pas directement les parts de marché mondiales.
Alphabet a intégré l’IA plutôt que de laisser Gemini concurrencer Google
La réponse stratégique d’Alphabet a consisté à ne pas isoler Gemini dans un simple chatbot. Le groupe injecte ses modèles directement dans Search, Gmail, Android, YouTube et ses autres produits.
Les AI Overviews, ces réponses générées automatiquement au-dessus des résultats traditionnels, comptaient plus de 2,5 milliards d’utilisateurs mensuels en juin. AI Mode, qui transforme davantage la recherche en conversation avec un assistant, avait déjà dépassé le milliard d’utilisateurs mensuels un an après son lancement, selon Alphabet.
Google affirme que Gemini alimente désormais ses 13 produits dépassant chacun le milliard d’utilisateurs. Cette distribution constitue un avantage difficile à reproduire pour les acteurs spécialisés dans les modèles d’IA.
Gemini progresse également comme produit autonome. Reuters rapportait en juillet environ 950 millions d’utilisateurs mensuels, réduisant fortement l’écart avec les principaux concurrents d’Alphabet.
Google Cloud devient l’autre grand gagnant de l’intelligence artificielle
Le retournement le plus spectaculaire apparaît dans le cloud. Alphabet n’a plus seulement besoin que Gemini domine le marché des assistants : l’entreprise peut aussi vendre la puissance informatique utilisée pour développer et exploiter l’IA.
Au deuxième trimestre 2026, Google Cloud a enregistré une croissance de 82 %, avec un chiffre d’affaires de 24,8 milliards de dollars. Le carnet de commandes de la division atteignait 514 milliards de dollars, selon Alphabet. Près de 90 % des entreprises du Fortune 100 utilisaient par ailleurs Gemini Enterprise.
Cette position repose sur une infrastructure particulièrement intégrée. Alphabet contrôle ses centres de données, développe ses propres accélérateurs TPU, possède Google DeepMind et peut distribuer ses modèles à travers ses services grand public et professionnels.
Cette combinaison permet au groupe de bénéficier plus largement de la demande en IA, même si un modèle concurrent devient ponctuellement plus performant que Gemini.
Une victoire encore coûteuse et loin d’être définitive
Parler d’un risque totalement éliminé serait pourtant excessif. Alphabet prévoit désormais 195 à 205 milliards de dollars de dépenses d’investissement en 2026, soit 15 milliards de plus que sa précédente estimation. L’expansion des centres de données et des capacités de calcul a même conduit le groupe à enregistrer un flux de trésorerie disponible négatif au deuxième trimestre.
La compétition technologique reste également intense. Reuters relevait cet été des retards autour de Gemini 3.5 Pro, tandis qu’OpenAI et Anthropic continuent de développer rapidement leurs modèles. L’intégration de réponses génératives dans Search soulève aussi des inquiétudes chez les éditeurs, qui craignent une diminution du trafic envoyé vers leurs sites.
Alphabet doit en parallèle composer avec la pression antitrust. Cette semaine, une juge américaine lui a imposé de modifier certaines pratiques de son activité publicitaire, tout en écartant le démantèlement réclamé par les autorités.
L’IA n’a donc pas cessé d’être un risque pour Alphabet. Mais le groupe a jusqu’ici réussi à transformer une menace contre son moteur de recherche en nouveau moteur d’usage, de cloud et de revenus. La prochaine question sera de savoir si ces gains justifieront durablement les centaines de milliards de dollars engagés dans l’infrastructure.




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