IA et emploi : 75 000 CDI en moins par an pour les jeunes

L’intelligence artificielle transforme déjà le marché de l’emploi en France, avec environ 75 000 embauches en CDI de moins par an chez les jeunes dans les métiers les plus exposés. Une étude publiée le 8 octobre 2026 par la Banque de France et des chercheurs d’HEC révèle une chute de 28,3 % des recrutements depuis fin 2022, sans démontrer que l’IA explique à elle seule ce recul.

Pourquoi l’IA freine-t-elle l’embauche des jeunes en France ?

L’arrivée de ChatGPT fin 2022 marque un tournant dans les pratiques professionnelles. Depuis, les entreprises disposent d’outils capables de rédiger des documents, produire du code informatique, analyser des données ou automatiser certaines tâches administratives.

Cette transformation semble particulièrement affecter les salariés en début de carrière.

Selon les travaux du Laboratoire de l’innovation et du futur du travail d’HEC et de la Banque de France, les embauches en CDI des 21-29 ans ont diminué de 28,3 % entre novembre 2022 et mars 2026 dans les professions les plus exposées à l’IA générative.

À titre de comparaison, le recul atteint seulement 7,5 % dans les métiers les moins concernés par cette technologie.

L’écart est important. Toutefois, les chercheurs soulignent que cette évolution ne constitue pas une preuve définitive de causalité. Les conditions économiques, les stratégies de recrutement et les transformations sectorielles peuvent également influencer l’emploi.

Le chiffre de 75 000 CDI correspond à une estimation annualisée du recul des recrutements. Il ne signifie donc pas que l’intelligence artificielle a supprimé chaque année 75 000 postes existants.

Développeurs, journalistes, traducteurs : les métiers les plus touchés

Les professions intellectuelles et numériques figurent parmi les plus exposées à l’automatisation des tâches.

Les développeurs et ingénieurs informatiques enregistrent l’une des diminutions les plus spectaculaires. Leurs embauches en CDI chez les 21-29 ans ont chuté d’environ 42 % entre novembre 2022 et mars 2026.

Les journalistes, les traducteurs, les interprètes et certains professionnels des opérations bancaires appartiennent également aux catégories fortement exposées.

Ces métiers partagent une caractéristique : une partie de leurs activités repose sur le traitement de l’information, la production de contenus ou la manipulation de données.

À l’inverse, les aides-soignants, les assistants maternels et les ouvriers qualifiés de l’entretien des bâtiments exercent des fonctions qui nécessitent davantage d’interventions physiques ou de contacts humains directs.

L’étude montre aussi que les difficultés concernent particulièrement les débutants. Les travailleurs expérimentés semblent moins affectés par la baisse des recrutements.

Cette différence pourrait s’expliquer par la capacité des entreprises à automatiser certaines missions traditionnellement confiées aux jeunes salariés, tout en conservant les collaborateurs qui possèdent une expertise approfondie.

Moins de recrutements, mais pas forcément plus de licenciements

L’un des enseignements majeurs de l’étude concerne la distinction entre baisse des embauches et destruction d’emplois.

Les chercheurs constatent que les fins de CDI diminuent également dans les professions fortement exposées à l’intelligence artificielle. Chez les 21-29 ans, elles reculent d’environ 23 %, contre 6 % dans les métiers les moins exposés.

Les entreprises semblent donc ralentir simultanément leurs recrutements et les départs de salariés. Le marché du travail devient moins dynamique, sans nécessairement enregistrer une augmentation massive des licenciements.

Cette tendance ne traduit pas davantage un déplacement vers les contrats précaires. Tous types de contrats confondus, les embauches des jeunes diminuent de 22,1 % dans les métiers les plus exposés.

L’analyse d’environ 6 000 entreprises renforce ce constat. Parmi elles, près de 600 déclaraient utiliser intensivement l’intelligence artificielle début 2026.

Ces entreprises présentent une évolution moins favorable des recrutements de jeunes, sans baisse statistiquement significative de leurs effectifs globaux par rapport aux autres.

Les auteurs rappellent néanmoins que le ralentissement du secteur technologique après la pandémie, les conditions monétaires et le développement du télétravail peuvent également expliquer une partie des évolutions observées.

Quels risques pour les jeunes diplômés et leur avenir professionnel ?

Le principal risque concerne désormais l’accès au premier emploi et l’acquisition d’expérience.

Lorsque les entreprises automatisent certaines tâches confiées aux débutants, elles peuvent réduire leurs recrutements sans supprimer les postes des salariés expérimentés.

Cette évolution pourrait progressivement modifier les parcours professionnels.

Les jeunes diplômés risquent notamment de rencontrer davantage de difficultés pour accéder aux fonctions qui leur permettaient traditionnellement d’apprendre un métier et de développer leurs compétences.

À plus long terme, une réduction durable des possibilités d’apprentissage pourrait compliquer la formation des futurs professionnels qualifiés.

Toutefois, les chercheurs ne démontrent pas que ce phénomène produit déjà de tels effets en France.

L’intelligence artificielle pourrait également transformer les métiers et créer de nouveaux besoins en compétences, sans que les données actuelles permettent de mesurer précisément cette évolution.

Pour les entreprises comme pour les établissements de formation, l’enjeu sera donc d’adapter les missions confiées aux débutants plutôt que de supprimer progressivement leurs possibilités d’insertion.

L’étude révèle ainsi un changement préoccupant : l’IA ne provoque pas nécessairement une vague immédiate de licenciements, mais son développement coïncide avec une fermeture progressive des portes d’entrée du marché du travail pour une partie des jeunes.

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