« C’est une sonnette d’alarme » : l’IA menace-t-elle vraiment l’emploi des jeunes ?

L’intelligence artificielle commence à peser sur certains emplois accessibles aux jeunes, sans provoquer pour autant une vague mondiale de suppressions de postes. Plusieurs études récentes montrent surtout un recul des embauches débutantes dans les métiers où l’IA peut automatiser une grande partie des tâches.

L’OIT alerte sur une nouvelle fragilité de l’emploi des jeunes

Le chômage mondial des 15-24 ans a atteint 12,4 % en 2025, soit environ 67 millions de jeunes, selon le rapport 2026 de l’Organisation internationale du travail (OIT). Plus de 257 millions étaient par ailleurs sans emploi et ne suivaient ni études ni formation, une catégorie désignée par l’acronyme NEET.

« Lorsque le chômage et les NEET augmentent simultanément, nous tirons la sonnette d’alarme », a résumé Sara Elder, responsable à l’OIT. Cette dégradation ne s’explique toutefois pas uniquement par l’intelligence artificielle. L’organisation cite aussi le ralentissement économique, la faiblesse des créations d’emplois et les tensions géopolitiques.

L’IA ajoute néanmoins une pression supplémentaire. Selon l’OIT, 6,1 % des emplois occupés par les 15-29 ans se situent dans des professions fortement exposées aux transformations liées à l’intelligence artificielle. Les fonctions administratives et de bureau figurent parmi les plus concernées.

Les postes juniors sont particulièrement exposés

Le problème tient à la nature même des emplois de début de carrière. Les jeunes diplômés se voient traditionnellement confier des tâches relativement standardisées : préparer des synthèses, traiter des données, produire du code simple, répondre à des demandes clients ou effectuer des travaux administratifs.

Or ce sont précisément les tâches sur lesquelles l’IA générative progresse rapidement. Une entreprise peut désormais demander à un salarié expérimenté équipé d’un outil d’IA de réaliser une partie du travail auparavant réparti entre plusieurs juniors.

Le Forum économique mondial estimait en juin que plus d’un jeune travailleur sur trois dans le monde occupait un métier moyennement ou fortement exposé aux transformations induites par l’IA. Il insiste cependant sur la transformation des fonctions plutôt que sur leur disparition automatique.

Cette distinction est essentielle. Une profession « exposée » à l’IA n’est pas nécessairement condamnée. L’automatisation peut supprimer certaines tâches, en modifier d’autres et créer parallèlement de nouveaux besoins.

Aux États-Unis, les premiers effets deviennent mesurables

Les données américaines offrent cependant des signaux plus préoccupants. Une étude du Stanford Digital Economy Lab, fondée sur les données de paie d’ADP, constate qu’à la mi-2026, l’emploi des 22-25 ans dans les professions fortement exposées à l’IA se situait 19 % sous le niveau qu’il aurait atteint s’il avait évolué comme celui des jeunes exerçant des métiers moins exposés. Les chercheurs précisent qu’ils n’observent pas de destruction massive d’emplois dans l’ensemble de l’économie.

Une étude publiée en septembre par le Census Bureau américain aboutit à un constat similaire pour les nouveaux diplômés. Parmi les filières universitaires les plus exposées à l’IA, la probabilité d’obtenir un premier emploi a reculé de cinq points après l’arrivée de ChatGPT, tandis que les revenus initiaux sur un trimestre ont diminué de 13 % selon les estimations ajustées des chercheurs.

Ces travaux mettent en évidence une corrélation forte, mais ne permettent pas d’attribuer chaque emploi perdu à l’IA. La baisse générale des offres d’emploi et les transformations héritées de la pandémie jouent également un rôle. La Réserve fédérale de Saint-Louis estime ainsi que le ralentissement global des recrutements reste un facteur plus important que l’IA dans la détérioration récente du marché du travail des jeunes aux États-Unis.

Le risque : supprimer le premier échelon de la carrière

L’enjeu dépasse donc la seule quantité d’emplois disponibles. Si les entreprises automatisent massivement les missions traditionnellement confiées aux débutants, elles pourraient rendre plus difficile l’acquisition de l’expérience nécessaire pour devenir ensuite expert, manager ou spécialiste.

L’OIT préconise notamment de développer des compétences combinant maîtrise technique, capacités cognitives et aptitudes sociales. Elle rappelle aussi qu’à l’échelle mondiale, la plupart des métiers exposés devraient davantage être transformés que totalement supprimés.

L’IA ne provoque donc pas encore un « chômage technologique » généralisé. Mais les données de 2026 montrent que les jeunes constituent l’un des premiers groupes sur lesquels ses effets deviennent visibles. Le véritable risque pourrait être moins la disparition immédiate de millions de métiers que le rétrécissement progressif des portes d’entrée vers les carrières qualifiées.

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