OpenAI a annoncé, le 8 octobre 2026, avoir banni plusieurs comptes ChatGPT impliqués dans des opérations de désinformation liées à la guerre en Ukraine et au conflit entre les États-Unis et l’Iran. Originaires de Russie et d’Iran, ces réseaux exploitaient l’intelligence artificielle pour fabriquer de faux contenus, manipuler les débats publics et infiltrer des médias.
Pourquoi OpenAI a-t-il supprimé ces comptes ChatGPT ?
Dans un rapport consacré aux opérations d’influence clandestines, OpenAI révèle avoir identifié deux réseaux qui détournaient ChatGPT à des fins de manipulation politique.
Le premier, baptisé « Dark Clark », opérait depuis la Russie et ciblait principalement plusieurs pays d’Amérique latine. Le second, nommé « Bogus Bylines », provenait d’Iran et cherchait à influencer les perceptions du conflit impliquant Washington, Téhéran et Israël.
Ces opérations reposaient sur une stratégie commune : dissimuler l’origine des messages derrière des structures ou des identités apparemment indépendantes.
Les utilisateurs russes et iraniens recouraient notamment à des réseaux privés virtuels (VPN) pour accéder aux services d’OpenAI malgré les restrictions géographiques.
L’entreprise précise que ChatGPT servait à différentes tâches : rédaction de commentaires, amélioration d’articles, traduction de documents et préparation de rapports internes.
Les comptes identifiés ont été désactivés. OpenAI affirme également avoir transmis des informations aux autorités compétentes.
Russie : une campagne de désinformation contre l’Ukraine
L’opération russe Dark Clark visait notamment à dégrader l’image de l’Ukraine en Amérique latine et à intervenir dans certains débats politiques nationaux.
Selon OpenAI, les opérateurs utilisaient une fausse identité, « Mia Clark », pour contrôler une organisation présentée comme un centre de recherche indépendant, le Social Research Center.
Cette structure employait des personnes sur place qui, d’après les éléments recueillis, ignoraient travailler indirectement pour un réseau russe.
Les campagnes comprenaient de faux documents administratifs, des enregistrements audio trompeurs et des informations fabriquées.
Au Pérou, les opérateurs ont notamment affirmé avoir envoyé de faux courriels à des établissements scolaires pour provoquer des événements susceptibles d’alimenter des controverses autour de l’Ukraine.
En Équateur, une autre opération cherchait à faire croire que des citoyens étaient recrutés clandestinement pour combattre aux côtés des forces ukrainiennes.
Certaines publications ont entraîné des vérifications journalistiques et des démentis officiels. Toutefois, OpenAI souligne que les auteurs exagéraient parfois leurs propres résultats.
La société précise également que ChatGPT servait surtout à préparer des rapports internes, et non à produire directement tous les contenus diffusés.
Iran : près de 100 articles publiés sous de fausses identités
Le réseau iranien présentait une méthode différente. Ses opérateurs inventaient des profils de journalistes occidentaux pour proposer des articles à des médias en ligne.
Sept identités fictives ont été identifiées, notamment Ervin B. Hoskins, Michael Harrison et Sophia Gonzalez.
Les utilisateurs soumettaient leurs textes à ChatGPT pour améliorer leur rédaction et les adapter aux exigences éditoriales des publications ciblées.
Ils demandaient ensuite à l’outil de préparer des courriels destinés aux rédactions.
Cette stratégie a permis la publication ou la reprise de près de 100 articles dans plus d’une douzaine de médias, entre juillet 2025 et octobre 2026.
Les contenus portaient principalement sur la guerre entre les États-Unis et l’Iran. Ils présentaient généralement Washington comme l’agresseur et Téhéran comme une victime résistante.
Les opérateurs produisaient également des commentaires destinés aux réseaux sociaux, parfois pour valoriser leurs propres articles.
OpenAI estime cependant que ces interventions ont suscité relativement peu de réactions authentiques. L’entreprise n’a pas identifié précisément les commanditaires du réseau, dont le fonctionnement semblait compatible avec une prestation commerciale d’influence.
Quels dangers pour les médias et l’information ?
Ces révélations illustrent une évolution des campagnes de désinformation. L’intelligence artificielle ne sert plus seulement à produire massivement des messages : elle facilite aussi leur intégration dans des circuits d’information crédibles.
Un article publié dans un média établi peut toucher un public beaucoup plus large qu’un message diffusé depuis un compte anonyme.
Pour les rédactions, le principal défi consiste désormais à vérifier non seulement l’exactitude des informations, mais aussi l’identité réelle des contributeurs.
OpenAI indique avoir exposé 30 opérations d’influence clandestines depuis début 2024. Selon l’entreprise, les réseaux capables d’introduire leurs contenus dans des médias authentiques présentent généralement un potentiel de diffusion supérieur à ceux qui se limitent aux réseaux sociaux.
Ces constats ne démontrent toutefois pas que toutes les campagnes identifiées ont réellement modifié l’opinion publique.
La fermeture des comptes ChatGPT concernés limite leur accès aux modèles d’OpenAI, sans garantir la disparition des réseaux eux-mêmes.
L’affaire rappelle ainsi une difficulté majeure : face aux opérations d’influence assistées par l’IA, la lutte contre la désinformation dépend autant des contrôles humains que des dispositifs de sécurité technologiques.



