Christophe Payet veut reprendre le contrôle de l’IA

Face à l’essor de l’intelligence artificielle, Christophe Payet refuse aussi bien l’adhésion sans réserve que le rejet total. Dans son essai GuérillIA, le journaliste défend une autre voie : se réapproprier les outils d’IA pour réduire la dépendance aux grandes plateformes technologiques et inventer des usages alternatifs.

Christophe Payet appelle à dépasser le rejet de l’IA

Publié le 18 septembre 2026 aux éditions du Seuil, GuérillIA. Mener la bataille culturelle de l’intelligence artificielle présente l’IA comme un nouveau terrain de confrontation politique, économique et culturelle. Christophe Payet, journaliste, auteur et producteur, a également cocréé avec Daniel Khamdamov PhantasIA, le magazine d’Arte consacré à la création avec l’intelligence artificielle.

Son point de départ repose sur un constat : refuser entièrement ces technologies risque, selon lui, de laisser leur développement aux grandes entreprises et aux États qui disposent des moyens techniques et financiers nécessaires. « Il ne faut pas se cantonner à une position de rejet de l’IA, qui nous condamne à l’impuissance », explique-t-il dans un entretien au Monde.

L’auteur cherche ainsi une position intermédiaire entre ce qu’il décrit comme le « technosolutionnisme » et une opposition systématique. Cette approche ne nie pas les inquiétudes liées à l’emploi, à l’environnement ou aux biais algorithmiques. Elle consiste plutôt à tenter d’agir directement sur la manière dont les technologies sont conçues et utilisées.

Des petites IA locales plutôt que des géants centralisés

Parmi les principales pistes avancées par Christophe Payet figurent les modèles plus petits capables de fonctionner localement. Contrairement aux grands systèmes d’IA accessibles uniquement depuis les infrastructures de groupes technologiques, certains modèles open source peuvent être installés sur des ordinateurs ou des serveurs contrôlés directement par leurs utilisateurs.

Payet y voit une façon de limiter certaines formes de dépendance technologique. Ces modèles peuvent être adaptés à des besoins précis sans nécessairement recourir aux infrastructures gigantesques associées aux systèmes les plus puissants.

Cette voie implique néanmoins des compromis. Un petit modèle local ne dispose généralement pas des mêmes capacités qu’un modèle de pointe entraîné sur des infrastructures très coûteuses. L’enjeu défendu dans GuérillIA n’est donc pas de remplacer systématiquement les grands modèles, mais d’interroger la nécessité de les utiliser pour chaque tâche.

L’open source devient un enjeu culturel et politique

Le livre accorde également une place importante aux logiciels ouverts. Christophe Payet estime que l’accès aux modèles et aux outils peut permettre aux citoyens, artistes, chercheurs ou collectifs de modifier les technologies plutôt que de rester de simples consommateurs.

Son éditeur présente ainsi les « mini-IA », l’open source et les serveurs locaux comme des moyens permettant de sortir d’une forme d’« impuissance technologique ». Cette formulation relève de la thèse défendue par l’auteur, qui oppose ces pratiques aux écosystèmes fermés contrôlés par les grandes plateformes.

Cette réflexion dépasse donc la seule question des performances. Elle touche au contrôle des données, à l’accès aux outils et à la possibilité de choisir les technologies utilisées.

Les artistes comme laboratoire de détournement de l’IA

Christophe Payet accorde une place centrale à la création artistique. Son ouvrage évoque notamment des artistes qui détournent les outils d’IA pour explorer leurs limites, leurs biais ou leurs imaginaires plutôt que pour rechercher uniquement des gains de productivité.

Cette orientation rejoint le travail développé dans PhantasIA. Le programme d’Arte explore depuis 2025 les usages de l’IA dans la photographie, l’écriture, l’animation ou le documentaire, tout en examinant de manière critique les méthodes utilisées par les créateurs.

Pour Payet, ces expériences montrent que les usages de l’intelligence artificielle ne sont pas nécessairement déterminés par les objectifs commerciaux de ceux qui construisent les modèles.

Une « bataille culturelle » autour du contrôle de l’intelligence artificielle

Le terme de « bataille culturelle » résume finalement la thèse de GuérillIA. Christophe Payet considère que les débats sur l’IA ne doivent pas porter uniquement sur la puissance des modèles ou sur la course à une éventuelle superintelligence.

Ils concernent aussi la manière dont ces technologies s’intègrent dans la société, les valeurs qu’elles reproduisent et les acteurs qui décident de leurs usages. Son livre défend donc une stratégie de réappropriation plutôt qu’une simple opposition à l’intelligence artificielle.

Cette approche ne règle pas les problèmes environnementaux, économiques ou sociaux liés à l’IA. Elle déplace toutefois le débat : plutôt que de demander seulement s’il faut accepter ou refuser cette technologie, Christophe Payet invite à se demander qui la contrôle, avec quels outils et pour quels usages.

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Luc GNANHOUI
Luc GNANHOUI
Spécialiste de l’actualité africaine, je produis des analyses stratégiques et des décryptages approfondis sur les transformations politiques, économiques et technologiques qui redéfinissent les équilibres du continent.

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