Des humanoïdes capables d’entrer dans un bâtiment, de transporter du matériel ou de reconnaître une position ennemie pourraient un jour accompagner les soldats américains. Le Pentagone finance déjà des recherches autour de ces machines, mais parler de « robots soldats » opérationnels reste prématuré : les modèles actuels sont encore en phase d’expérimentation.
Phantom MK-1, l’humanoïde que Foundation imagine déjà sur le champ de bataille
Foundation Future Industries développe le Phantom MK-1, un robot humanoïde de taille humaine destiné aussi bien à l’industrie qu’à des usages militaires. La start-up de San Francisco, créée en 2024, affirme avoir déjà déployé une dizaine de robots et mené des expérimentations avec l’US Air Force ainsi qu’en Ukraine.
Son PDG, Sankaet Pathak, voit beaucoup plus loin. Lorsque la perception et le raisonnement de ces machines seront suffisamment fiables, explique-t-il au Wall Street Journal, « au lieu de larguer une bombe dans un bâtiment, on pourra envoyer des humanoïdes » à l’intérieur pour atteindre directement une cible.
Cette déclaration décrit toutefois une ambition, pas une capacité démontrée aujourd’hui. Le Phantom MK-1 peut notamment déplacer des charges allant jusqu’à environ 40 kg. Les robots testés en Ukraine ont surtout servi, selon l’entreprise, à déplacer du matériel, tandis que les missions militaires envisagées comprennent la logistique, la reconnaissance et l’inspection.
Le chiffre de 24 millions de dollars mérite d’être nuancé
Foundation est régulièrement présentée comme bénéficiaire d’un contrat de 24 millions de dollars du Pentagone. La réalité apparaît plus complexe. Le Wall Street Journal évoque bien ce montant, mais une précédente enquête de Wired avait relevé que les contrats présentés par l’entreprise incluaient deux accords hérités de Boardwalk Robotics, société rachetée par Foundation, ainsi que trois contrats passés par l’intermédiaire de l’Institute for Human and Machine Cognition.
Il ne s’agit donc pas d’une commande de milliers de soldats humanoïdes prêts à être envoyés au front. Les financements concernent avant tout des travaux de recherche et des expérimentations militaires. Foundation cherche encore à prouver que ses machines peuvent fonctionner de manière suffisamment fiable dans des environnements difficiles.
La société affiche néanmoins de fortes ambitions industrielles. Son Phantom MK-1 est proposé en location pour environ 100 000 dollars par an dans ses usages industriels. Une nouvelle génération, le Phantom MK-2, doit intégrer des processeurs d’AMD afin d’améliorer ses capacités autonomes.
Washington accélère sur les systèmes militaires autonomes
L’intérêt américain pour Foundation s’inscrit dans une évolution beaucoup plus large. Les forces armées utilisent déjà des drones aériens et expérimentent depuis des années des véhicules terrestres sans équipage. La DARPA travaille notamment sur RACER, une architecture permettant à des véhicules militaires de circuler de manière autonome sur des terrains complexes, sans GPS ni itinéraire préprogrammé.
L’agence américaine ne privilégie d’ailleurs pas systématiquement la forme humaine. En avril 2026, elle rappelait que les besoins militaires peuvent nécessiter des robots plus petits, plus grands ou dotés de formes complètement différentes. L’objectif reste l’efficacité dans des environnements hostiles plutôt que la ressemblance avec un soldat.
C’est une nuance importante. Un humanoïde présente l’avantage théorique d’évoluer dans des infrastructures conçues pour l’être humain, de franchir des portes ou d’utiliser certains équipements existants. Mais deux jambes apportent aussi des problèmes d’équilibre, d’autonomie énergétique et de robustesse qu’un véhicule à roues ou à chenilles peut éviter.
Le « robot soldat » autonome reste encore loin du front
Foundation envisage explicitement des applications de combat, mais rien ne permet aujourd’hui d’affirmer que le Phantom MK-1 puisse sélectionner et attaquer seul une cible dans des conditions réelles. Les usages publiquement documentés restent beaucoup plus limités. Des experts interrogés par Wired estiment d’ailleurs que des humanoïdes véritablement capables de combattre de façon autonome pourraient rester hors de portée pendant encore de nombreuses années.
La question ne sera pas seulement technique. L’arrivée éventuelle de machines armées capables de prendre davantage de décisions soulève des problèmes de responsabilité, de cybersécurité et de contrôle humain. Une erreur de perception acceptable dans une usine peut devenir dramatique lorsqu’un système transporte une arme.
Le Pentagone explore donc une technologie qui pourrait profondément modifier certaines missions terrestres, notamment la reconnaissance, la logistique ou l’entrée dans des zones extrêmement dangereuses. Pour l’instant, cependant, le soldat humanoïde capable de remplacer un combattant reste davantage un objectif industriel et militaire qu’une réalité opérationnelle.



