IA : l’ONU veut donner à tous les pays une voix dans sa gouvernance

Qui doit fixer les règles de l’intelligence artificielle alors que les systèmes les plus avancés sont développés par quelques entreprises et pays ? L’ONU veut élargir ce pouvoir de décision avec un dialogue mondial réunissant ses 193 États membres, sans pour autant créer un régulateur mondial capable d’imposer directement ses règles.

L’ONU veut sortir la gouvernance de l’IA d’un cercle restreint

Le constat dressé par les Nations unies est celui d’un profond déséquilibre. Les technologies d’IA les plus avancées sont concentrées entre les mains d’un nombre limité d’entreprises, elles-mêmes implantées dans une poignée de pays. Une grande partie du monde reste donc à l’écart des décisions susceptibles de transformer l’emploi, l’information, l’éducation ou encore la sécurité.

Selon des données de la CNUCED citées le 10 septembre par le président de l’Assemblée générale, Khalilur Rahman, 118 pays n’ont encore participé à aucune initiative majeure de gouvernance de l’IA. Moins d’un tiers des pays en développement disposent par ailleurs d’une stratégie nationale dans ce domaine.

« L’ONU est le seul forum dans lequel chaque État membre dispose d’un siège, d’une voix et d’un intérêt dans la manière de façonner cette transformation », a-t-il déclaré. L’objectif affiché n’est donc pas de confier les règles à l’ONU seule, mais d’offrir un cadre où gouvernements, entreprises technologiques, chercheurs et société civile peuvent participer aux discussions.

Un premier Dialogue mondial sur l’IA lancé en 2026

Cette ambition s’appuie sur le Pacte pour l’avenir adopté en 2024 et son Global Digital Compact. L’Assemblée générale a ensuite adopté par consensus, le 26 août 2025, la résolution 79/325 créant deux mécanismes complémentaires : le Global Dialogue on AI Governance et un panel scientifique international indépendant consacré à l’IA.

Le premier Dialogue mondial sur la gouvernance de l’IA s’est tenu les 6 et 7 juillet 2026 à Genève. Pour la première fois dans ce cadre, les 193 États membres pouvaient participer à une plateforme internationale consacrée spécifiquement à la gouvernance de cette technologie, aux côtés du secteur privé, du monde universitaire, de la société civile et de la communauté technique.

Les discussions portent notamment sur la sécurité, l’accès aux infrastructures et aux compétences, la responsabilité des développeurs, la supervision humaine et la compatibilité entre les différents cadres réglementaires. L’enjeu est aussi d’éviter qu’une multiplication de règles nationales incompatibles crée des failles ou accentue la fracture technologique.

Un panel de 40 experts pour distinguer les risques réels des spéculations

L’ONU a parallèlement constitué l’Independent International Scientific Panel on AI. Ses 40 membres, issus des cinq régions des Nations unies, ont été nommés en février 2026. Le chercheur Yoshua Bengio et la journaliste et prix Nobel de la paix Maria Ressa en sont les premiers coprésidents.

Sa mission consiste à fournir aux gouvernements des évaluations scientifiques indépendantes sur les capacités, les opportunités et les risques de l’intelligence artificielle. António Guterres expliquait en février vouloir disposer d’un organisme capable de séparer les faits des fausses informations et d’établir un socle commun de connaissances dans un domaine qui évolue très rapidement.

Une nuance est essentielle : ce panel ne réglemente pas l’IA. Il ne peut ni imposer des normes, ni sanctionner une entreprise, ni prescrire une politique aux États. Son rôle est scientifique et consultatif. Ses travaux doivent fournir des éléments factuels aux négociations politiques.

Pas de « gouvernement mondial de l’IA »

L’initiative de l’ONU ne constitue donc pas l’équivalent international d’une législation contraignante comme l’AI Act européen. Les États conservent leurs compétences réglementaires et les entreprises restent soumises aux lois des juridictions où elles opèrent.

L’ambition est plutôt de construire des principes communs et de rapprocher les différentes approches. Le Global Digital Compact prévoit notamment de promouvoir la transparence, la responsabilité, une supervision humaine robuste et des standards d’IA compatibles avec les droits humains. Il accorde aussi une place importante au renforcement des capacités des pays en développement.

La prochaine grande étape est déjà fixée. Après Genève, le deuxième Dialogue mondial sur la gouvernance de l’IA doit se tenir à New York les 3 et 4 mai 2027. Il s’appuiera notamment sur les travaux du panel scientifique et alimentera la révision de haut niveau du Global Digital Compact prévue la même année.

La question centrale restera celle du pouvoir. Comme l’a résumé Khalilur Rahman, il ne s’agit plus de savoir si l’IA transformera le monde, mais de déterminer si « nous aurons tous une voix dans la manière dont cette transformation se déroulera ».

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Josias ATTADE
Josias ATTADE
Rédacteur tech spécialisé sur l'Afrique, je décrypte la révolution numérique du continent à travers des analyses approfondies. Cryptomonnaies, blockchain, intelligence artificielle : mes articles explorent comment ces technologies transforment l'économie, la gouvernance et la société africaines.

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