Une affaire judiciaire en Californie bouleverse la perception du rôle de l’intelligence artificielle dans le système légal américain. En utilisant ChatGPT et Perplexity, une citoyenne a remporté un procès sans avocat, économisant 73 000 dollars. Un cas qui illustre une mutation profonde du rapport entre justice, technologie et accès au droit.
Quand ChatGPT devient le nouvel allié des justiciables
Lynn White, résidente de Long Beach en Californie, risquait l’expulsion de son mobil-home pour loyers impayés. Après avoir perdu une première manche avec un avocat, elle décide de préparer seule sa défense. Armée de ChatGPT Plus et de Perplexity Pro — deux abonnements à moins de 20 dollars chacun — elle affine ses arguments, rédige ses réponses et prépare ses pièces.
Quelques mois plus tard, le tribunal annule la procédure d’expulsion. Gain total : 73 000 dollars économisés. « Je n’aurais jamais pu gagner sans l’intelligence artificielle », a-t-elle déclaré à NBC News.

Son expérience, d’abord marginale, s’inscrit désormais dans une tendance nationale. De plus en plus d’Américains choisissent de plaider leur cause avec l’aide de ChatGPT, contournant ainsi les frais élevés du système judiciaire.
Selon Meagan Holmes, assistante juridique dans un cabinet de Phoenix, « le nombre de plaideurs se représentant eux-mêmes n’a jamais été aussi élevé ». Cette évolution traduit à la fois la démocratisation des outils d’IA et la crise d’accessibilité de la justice américaine.
Des victoires, mais aussi des dérapages
L’usage de ChatGPT dans les prétoires n’a pas toujours l’allure d’un miracle. En Floride, Jack Owoc, fondateur de la marque Bang Energy, a été condamné à des travaux d’intérêt général pour avoir cité onze décisions de justice, totalement inventées par une IA. Un avocat californien a également écopé de 10 000 dollars d’amende après avoir soumis un mémoire truffé de fausses références juridiques.
Ces “hallucinations”, typiques des modèles de langage, inquiètent les magistrats. Certains tribunaux apprennent à repérer les traces de l’IA : citations inexistantes, formulations trop génériques, ou mise en page empruntée au style chatbot.
Damien Charlotin, chercheur en droit, a recensé plus de 400 affaires américaines depuis 2023 où l’usage de l’intelligence artificielle a été détecté. Pour lui, cette tendance est irréversible : « Les juges devront bientôt apprendre à interagir avec ces outils autant qu’à les contrôler ».
Malgré les dérives, plusieurs experts restent optimistes. Andrew Montez, avocat en Californie, estime que « tous les juristes devront, tôt ou tard, utiliser l’IA, sous peine d’être dépassés ». Pour lui, l’enjeu n’est pas de remplacer l’humain, mais de transformer la pratique du droit en la rendant plus rapide, plus accessible et potentiellement plus juste.
Le cas de Lynn White symbolise l’émergence d’une “justice augmentée”, où les outils d’intelligence artificielle ouvrent de nouvelles voies d’émancipation juridique. ChatGPT devient, pour certains citoyens, le substitut d’un avocat inabordable. Mais cette révolution soulève aussi des questions éthiques et techniques : qui porte la responsabilité des erreurs produites par l’IA ? Jusqu’où un chatbot peut-il conseiller sans usurper le rôle d’un professionnel du droit ?
À mesure que ces affaires se multiplient, les tribunaux américains deviennent les laboratoires d’une nouvelle ère juridique. Entre progrès démocratique et zone grise réglementaire, ChatGPT s’impose déjà comme un acteur que la justice ne peut plus ignorer.



