Deux entrepreneurs sénégalais développent une IA en wolof et pulaar

L’intelligence artificielle pourrait bientôt devenir plus naturelle pour les Sénégalais qui utilisent principalement le wolof ou le pulaar. Deux entrepreneurs, Alioune Badara Mbengue et Pape Gorgui Ndoye, ont développé Awa, un assistant conversationnel capable de comprendre ces deux langues et d’y répondre. Leur ambition dépasse la simple traduction. À travers leur société Andakia, ils veulent créer un outil capable d’accompagner les utilisateurs dans différentes activités quotidiennes et réduire la faible représentation des langues africaines dans l’univers numérique.

Awa veut devenir un assistant du quotidien

À première vue, Awa fonctionne comme les assistants conversationnels déjà disponibles. Sa particularité réside dans les langues avec lesquelles les utilisateurs peuvent interagir.

L’outil comprend et répond en wolof et en pulaar, deux langues largement utilisées dans la région.

Pour ses créateurs, cette capacité doit permettre à des personnes moins à l’aise avec les langues dominantes des services numériques d’utiliser plus facilement l’intelligence artificielle.

Alioune Badara Mbengue présente Awa comme un « compagnon » capable d’accompagner l’utilisateur dans différentes tâches.

L’objectif est de construire progressivement une super application. Une personne pourrait demander une information à Awa, rechercher un service, commander un repas, organiser un déplacement ou encore envoyer un colis.

Les fondateurs imaginent ainsi l’intelligence artificielle comme une technologie qui pourrait devenir presque invisible dans les interactions quotidiennes. L’utilisateur n’aurait plus nécessairement besoin de naviguer entre plusieurs services pour accomplir certaines tâches. Il pourrait simplement formuler sa demande dans une langue qu’il maîtrise.

Cette approche donne au projet une dimension différente d’un simple chatbot.

Awa cherche à placer la langue locale au point d’entrée de plusieurs services numériques. Pour quelqu’un qui s’exprime principalement en wolof ou en pulaar, l’accès à certaines fonctions pourrait alors devenir plus direct.

Le projet doit encore franchir l’étape de son lancement officiel. Pape Gorgui Ndoye affirme néanmoins que l’outil suscite déjà beaucoup d’intérêt auprès du public.

Les fondateurs se disent optimistes face aux retours reçus de personnes qui attendent de pouvoir utiliser l’application.

Le manque de données africaines reste le principal obstacle

Derrière Awa se trouve un problème beaucoup plus large que le Sénégal.

Les systèmes d’intelligence artificielle ont besoin de grandes quantités de données pour apprendre à comprendre et produire une langue. Or, les langues africaines restent très peu représentées sur internet.

Alioune Badara Mbengue cite une étude d’AI for Development selon laquelle l’ensemble des langues africaines représenterait moins de 0,02 % des données disponibles sur internet.

Cette faible présence numérique produit une conséquence directe.

Lorsqu’un modèle d’IA est entraîné sur des données provenant d’internet, il rencontre beaucoup moins de contenus en langues africaines que dans les langues fortement représentées en ligne. Ses capacités à comprendre et à répondre correctement dans ces langues peuvent alors être plus limitées.

Pour Andakia, le défi commence donc avant même l’entraînement du modèle.

L’entreprise doit disposer de données de qualité, puis les traiter afin qu’elles puissent servir à développer des modèles capables de comprendre correctement le wolof et le pulaar.

La qualité compte autant que la quantité. Accumuler des textes ou des conversations ne suffit pas si les données utilisées ne permettent pas au système d’apprendre correctement les particularités d’une langue.

Cette étape représente une partie centrale du travail réalisé autour d’Awa.

Du wolof et du pulaar vers d’autres langues du continent

Les ambitions des deux entrepreneurs ne s’arrêtent pas aux premières langues intégrées.

Après le wolof et le pulaar, ils souhaitent ajouter d’autres langues africaines aux capacités d’Awa.

Cette extension permettrait de répondre au même problème dans plusieurs pays où une partie de la population utilise quotidiennement des langues encore peu présentes dans les outils numériques.

Le projet sénégalais repose donc sur une idée simple. L’accès à l’intelligence artificielle ne dépend pas uniquement de la disponibilité d’un smartphone ou d’une connexion. Il dépend aussi de la capacité des technologies à comprendre la langue de leurs utilisateurs.

Avec Awa, Andakia tente de réduire cette barrière en partant directement des usages linguistiques locaux.

Le défi reste considérable puisque les données africaines disponibles pour entraîner les modèles sont encore extrêmement limitées. Si Awa réussit à transformer le wolof et le pulaar en véritables langues d’interaction avec l’intelligence artificielle, son apport pourrait dépasser le simple lancement d’une application et ouvrir la voie à davantage d’outils numériques conçus autour des réalités linguistiques africaines.

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Luc GNANHOUI
Luc GNANHOUI
Spécialiste de l’actualité africaine, je produis des analyses stratégiques et des décryptages approfondis sur les transformations politiques, économiques et technologiques qui redéfinissent les équilibres du continent.

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