L’ONG Noyb lance une procédure contre une IA jugée intrusive

La bataille autour de la protection des données personnelles s’intensifie en Europe. L’ONG autrichienne Noyb a lancé une nouvelle procédure contre Whitebridge AI, une société accusée de collecter et de revendre illégalement des informations sensibles à travers des rapports générés par intelligence artificielle. Cette affaire illustre les tensions croissantes entre exploitation commerciale de l’IA et respect des droits numériques garantis par le Règlement général sur la protection des données (RGPD).

Une collecte jugée illégale

« La quantité de données personnelles traitées par Whitebridge AI est effrayante, comme le reconnaît l’entreprise elle-même dans sa publicité », a dénoncé Aitana Pallas, juriste chez Noyb. L’ONG explique que la société propose à ses clients de « tout savoir sur n’importe qui en ligne », y compris sur eux-mêmes, en s’appuyant sur des données extraites automatiquement de réseaux sociaux et de moteurs de recherche.

Ces rapports ne se limiteraient pas aux informations accessibles publiquement. Ils intègreraient aussi des contenus générés par intelligence artificielle, tels que des supposés traits de personnalité, ou encore des mentions liées à des opinions politiques, à la religion ou à d’éventuels antécédents judiciaires. Noyb affirme que ce type de traitement contrevient directement aux principes de la protection des données en Europe.

Un modèle économique contesté

« Whitebridge AI a un modèle commercial douteux, fondé sur la peur et l’ignorance » des citoyens vis-à-vis de leurs droits numériques, a ajouté Lisa Steinfeld, autre juriste de l’ONG. Pour appuyer sa plainte, Noyb cite deux exemples concrets. Deux personnes ont payé pour obtenir un rapport sur elles-mêmes. Les documents reçus mentionnaient des avertissements pour « nudité sexuelle » et « contenu politique dangereux ». Leur demande de correction est restée sans réponse.

L’organisation estime que ces pratiques violent plusieurs dispositions du RGPD, notamment le droit d’accès gratuit aux données personnelles et le droit de rectification. Chaque citoyen européen peut exiger de telles corrections, mais selon l’ONG, Whitebridge AI ne respecte pas ces obligations.

Si l’autorité lituanienne de protection des données confirme ces violations, la société pourrait être contrainte de mettre fin à ses activités, de cesser tout traitement jugé illégal et de s’acquitter d’une amende. Noyb rappelle que ses actions ont déjà abouti à des sanctions de plusieurs milliards d’euros contre les géants du numérique. Cette affaire pourrait donc s’inscrire dans une série plus large de contentieux autour de l’usage de l’IA et des libertés numériques en Europe.

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